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Étiquette : thé

Boire le thé : un sujet de peinture

Boire du thé est une action, somme toute banale. Mais il suffit que ce geste devienne sujet de tableau pour qu’il s’en trouve intéressant.
À l’aide d’une petite sélection de tableaux, je vous montre ce geste par étapes, au travers de plusieurs cultures et époques.

Cela commence par avoir entre ses mains, la tasse avec anse ou non, ou la soucoupe, comme cela se faisait en Russie contenant la liqueur encore chaude. On souffle dessus pour la refroidir ou on attend qu’elle refroidisse en ne la quittant pas des yeux. Cela devient comme hypnotisant. Que voient-ils dans leur tasse ?

Puis, on commence à boire, doucement. On penche à peine la tasse ou la soucoupe qui doit être bien remplie. Le petit garçon, lui a besoin de ses deux petites mains pour ne pas renverser la soucoupe de thé.

Et là, on y est ! On a gouté et le thé est parfait. On se met à le boire plus rapidement en penchant la tasse ou la tête…

…pour ne laisser aucune goutte ! ( Elle avait la soif la dame ! )

Le sachet de thé est-il si bon pour la santé ?

Il est l’ami du petit-déjeuner et de la pause goûter, il est pratique et économique, le sachet de thé occupe une place de choix dans nos habitudes alimentaires et le thé jouit d’une forte image heathly. Mais le problème c’est que ce petit sachet contient d’autres choses moins bonnes que le thé…

sachet de thé sur lequel est dessiné une expression de grimace.

Le sachet de thé peut contenir… des pesticides.

Les pesticides ont en trouve malheureusement dans beaucoup de produits alimentaires et le thé n’y échappe pas. Plusieurs études ont montré que les sachets de thé en contenaient. En 2017 par exemple, 60 millions de consommateurs avait testé une vingtaine de thés noirs et verts et y avait décelé 17 pesticides différents ainsi que des métaux lourds comme du mercure ou d’aluminium. Dans cette étude, ils avaient montré que même les produits bios en contenaient. Mais tout ceci dans « des quantités faibles, qui la plupart du temps sont inférieures aux limites autorisées. »

60 millions de consommateurs a de nouveau effectué ce test il y a quelques mois, en début d’année 2022 , très intéressant à lire. Sur un échantillon de 48 thés et tisanes en sachet, 16 « substances problématiques » ont été retrouvées dont du glyphosate, du thiaclopride, de l’acétamipride et certaines sont même interdites en France ! Mais, comme l’explique l’article, celles-ci ne dépassent pas la « limite maximal de résidus» fixé par l’Europe. Donc ça passe !
Oui cher lecteur, ça n’a pas vraiment de sens… Ah le côté kafkaïen des législations…
Mais un point positif ressort de cette étude : cette fois-ci du côté des marques bios, il n’y a pas de trace de pesticides comparé à l’étude de 2017 ! C’est une avancée et ça c’est à souligner !
Mais tous les thés n’existent pas en version bio et peut-être pas celui qu’on a l’habitude de boire, ou peut-être est-ce le prix du bio qui est rédhibitoire, bref il y a plusieurs raisons et considérations qui peuvent nous faire rester sur nos choix de consommer des thés non bios.
Sachez qu’il y a des marques qui effectuent un contrôle sérieux sur l’usage des pesticides et s’engagent à respecter les normes qui garantissent l’usage de pesticides uniquement autorisés et un taux faible de ces substances. Regardez bien les informations que communiquent les marques de thé ( grande distribution et maisons de thé ) sur leur site et n’hésitez pas à vous renseigner.

Nous avons vu le contenu, voyons maintenant le contenant.

Le sachet de thé peut contenir… du plastique.

Aujourd’hui on ne trouve pratiquement plus de sachet de thé avec des agrafes ! Une très bonne avancée ! Mais la matière utilisée pour la fabrication des sachets de thé, elle, reste dans certains cas problématique.
Il existe principalement des sachets de thé faits en papier et en nylon.
Pour le papier s’il n’est pas blanchi, il n’y a normalement pas de problème. Le blanchiment du papier est très souvent réalisé avec du chlore ! Donc pas top top… Mais de plus en plus de marques, qu’elles soient de la grande distribution ou de maison de thé indépendantes, utilisent du papier non blanchi. Soyez attentif à ce qui est écrit sur le paquet. Généralement, il y a la mention « non blanchi » ou «  blanchi sans chlore ».

boite de sachet de thé en papier non blanchi
Un exemple de sachet en papier non blanchi.

Pour le nylon, là c’est autre chose. Car le nylon c’est du plastique ! Alors d’accord, le sachet en nylon est peut-être plus beau, plus brillant, plus soyeux, laisse davantage l’eau entrer en contact avec le thé, ce qui permet une meilleure infusion, mais… il permet aussi au plastique d’infuser ! Là on oublie un peu toutes les autres qualités, hein ?
Une étude de l’université McGill à Montréal en 2019 relayée par UFC-Quechoisir , a montré qu’au contact de l’eau chaude, le sachet en nylon libérait des micro et des nanoparticules de plastique à un niveau étonnamment élevé.
Pour éviter de se retrouver avec du plastique dans l’estomac, mieux vaux mieux préférer des sachets de thé en papier non blanchi ou, comme le propose certaines marques, des sachets fait à partir d’amidon de maïs : le soilon. Vous pouvez également vous tourner vers le thé en vrac et utiliser une boule à thé et autre type d’infuseur ou le sachet en tissu non blanchi ET réutilisable, ou même simplement une petite passoire, c’est ce que j’utilise.


Au vu de leur composition, les sachets de thé ne correspondent pas toujours à l’image saine qu’on leur prête. Mais comme vous l’avez vu, tous ne sont pas dans ce cas-là et nous permettent de consommer un produit plus propre, des marques qui garantissent un cahier des charges très sérieux au niveau des pesticides existent tout comme des alternatives au sachets faits de plastique.

Roman policier et tasse de thé

Dans notre imaginaire collectif, on associe le thé à plein de choses dont une m’intéresse, les romans policiers et les meurtres… Mais d’où cela nous vient ? J’ai une réponse qui tient en deux mots… Plutôt en un nom…

Quelle est cette drôle d’ombre au fond…Oh mais que vois-je ???!!!

… AGATHA CHRISTIE

Ses romans ont tous une ambiance bien reconnaissable. On plonge entièrement dans un univers typiquement anglais. La reine du crime, britannique s’il fallait le rappeler, a fait évoluer ses personnages en Angleterre, et nous a familiarisé avec des décors et des habitudes bien british : comme la paisible campagne anglaise ( enfin faussement paisible hein ), des personnages au flegme british à toute épreuve, les lords et les duchesses ou encore ces rituels bien ancrés dans la culture britannique comme … l’afternoon tea !

Le thé ! Béni soit le rituel du thé quotidien de 5 heures !

Dix petits nègres – Agatha Christie

Et dans son oeuvre, les personnages boivent très souvent du thé. Le tea time est un moment et un décor très présent : la rencontre du détective avec d’autres personnages, la vie sociale du village, de la communauté où se situe l’action, les scènes d’interrogatoire, de réflexion du détective, tout cela se passe très souvent autour d’un thé. Pas étonnant alors, cette association thé/policier.
Et parfois le thé est à l’origine du crime !

Crime dans une tasse de thé

Agatha Christie n’a pas utilisé cette tradition du thé uniquement pour le contexte de la vie de village mais s’en est servi comme arme du crime. Une innocente tasse de thé, bien chaude et réconfortante, soudain devient une arme mortelle, pleine de poison. Mais l’est-elle vraiment ou est-ce juste un leurre… Ne vous inquiétez pas ! Pas de spolier ici !!! Je vous invite, si vous ne l’avez jamais fait, à lire ses oeuvres pour le savoir.
Le thé dans l’oeuvre d’Agatha Christie fait l’objet d’un super article ( en anglais ) du site « The home of Agatha Christie » que je vous conseille.

 L’eau ne bouillait pas tout à fait quand Miss Somers la versa sur le thé, mais la pauvre Miss Somers ne savait jamais quand l’eau bouillait réellement. C’était, parmi d’autres, une des choses qui l’avait toujours affligée. Elle emplit les tasses et les fit circuler, ayant mis dans chaque soucoupe deux biscuits à la cuiller.

Une poignée de seigle – Agatha Christie

Un héritage toujours présent

Les romans de l’auteure sont parmi les plus lus au monde et ses personnages de Poirot et de Miss Marple sont emblématiques, ( j’en suis complètement fan et j’en suis sûre que vous en avez déjà lu ! Et je le redis si ce n’est pas le cas, foncez lire un de ses livres ! ).
Pas étonnant alors que cet imaginaire ait à ce point marqué nos esprits, avec toute cette culture british dont la tasse de thé est un des éléments.

D’ailleurs, il y a un héritage très fort d’Agatha Christie présent dans la production littéraire, audiovisuelle, cinématographique, qui a continué à developper ces références dans notre imaginaire.
Comme les adaptations audiovisuelles de Poirot et Marple de ITV ou de la BBC. Citons également, Inspecteur Barnaby qui se passe aussi dans le fin fond de la campagne, avec des villageois plus suspects les uns que les autres et qui boivent tous du thé dans de la vaisselle d’un autre siècle !
Ou ce qu’on appelle le cosy mystery, qu’on pourrait voir comme un prolongement du style d’Agatha Christie. Ce sont des romans policier légers qui se déroule dans la campagne anglaise, avec un personnage qui enquête mais qui n’est pas détective, comme la série littéraire Agatha Raisin ( le nom est un gros clin d’oeil ) et qui connaissent un fort succès depuis quelques années.

La première enquête d’Agatha Raisin. Tiens donc, une tasse de thé..

Preuve que la tasse de thé au goût de mystère a un avenir radieux !
Et bien sûr tous ces romans sont à lire accompagné d’un bon thé!

Gourmandise au coquelicot de Dammann

Boîte de thé Coquelicot gourmand de Dammann Frères entouré de fleurs de coquelicots sur un fond jaune.

Le coquelicot est une de mes fleurs préférées et je suis assez friande de toutes les douceurs qui en contiennent, comme les bonbons au coquelicot de Nemours.
Alors bien évidemment, je suis partie à la recherche d’un thé qui aurait un petit goût de cette fleur rouge et je suis tombée sur ce bouquet concocté par la maison Dammann Frères : Coquelicot gourmand.

Bonbon au coquelicot

C’est un thé aromatisé, composé de thé noir ( il n’y pas l’origine ), de pétales de fleurs, et d’arômes de coquelicot ( pour le composer, on a utilisé des arômes de framboise, de cerise et de violette ), de vanille, d’amande amère et de biscuit.
Comme c’est le cas avec les mélanges de thés aux fleurs, l’aspect visuel est coloré et beau, avec ses pétales bleus, roses et blancs qui sont mélangés à de belles feuilles de thé entières.
La composition a une odeur de friandise qui rappellent le bonbon au coquelicot, avec ses notes sucrées et acidulées, adoucit par l’odeur de biscuit. Ces parfums gardent toute leur intensité après infusion.

Un thé trop léger

Et pour le goût ? Ce qu’on sent au niveau olfactif, on le retrouve au niveau du goût.
On a une boisson qui nous fait retomber en enfance, avec des arômes gourmands très plaisants. Mais j’aurais préféré un thé noir plus présent. Pour ceux qui aiment les thés légers aromatisés, il vous conviendra !

Vous trouverez ce thé dans toutes les boutiques Dammann Frères et sur leur site, au prix de 6,30 € le sachet en vrac de 100gr. La boite de thé en vrac est à 10,50 €.

Thé et nature morte

La nature morte est un genre pictural qui a traversé tous les âges de la peinture, dont l’origine remonte à l’antiquité et qui a connu son essor à partir du XVIIe siècle dans plusieurs pays européens. Bien qu’il fut considéré comme un genre mineur, de nombreux et célèbres peintres en ont réalisé.
Sans trop rentrer dans les détails – qui sont certes passionnants, mais là on a pas le temps – la nature morte c’est un tableau qui représente des sujets inanimés, comme des objets, vaisselle ou des végétaux ou encore des animaux morts, agencés d’une manière bien déterminée par le peintre, qui se veut réaliste et parfois symbolique. Il s’agit donc d’une mise en scène d’objets.
Pour le peintre qui réalise une nature morte, c’est un exercice de la lumière, des formes, des couleurs.

Je vous propose d’explorer quelques natures mortes ayant pour sujet des objets liés au thé et de voir ce que ces tableaux ont à dire sur ce thème au travers des âges.

La nature morte : quand la théière prend la pose

Jean-Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779)
Nature morte avec théière, raisins, noix et poire

On commence avec un maître français de la nature morte, Jean-Baptiste-Siméon Chardin, avec sa Nature morte avec théière, raisins, noix et poire. Avec les natures mortes, c’est simple, on a toujours tout le contenu du tableau dans le titre. Pour la description c’est pratique !
Ce qui attire l’oeil ici, c’est la théière, sa blancheur qui capte et réfléchit la lumière. Les noix et fruits sont posés simplement sur la table comme éléments décoratifs, avec quelques raisins dépassant du rebord de table ( l’objet ainsi suspendu ou qui est sur le point de tomber se retrouve dans de très nombreuses natures mortes. Cet élément suspendu, très réaliste fait toujours son petit effet ). Le tout, exposé sur un fond neutre, assez sombre.

Composition conventionnelle pour ce genre, alliant objets et fruits qui parfois revêtent une certaine symbolique, religieuse très souvent. Mais ici, je ne pense pas que cela soit le cas. Les fruits ne sont là que comme éléments décoratifs et permettent à l’artiste de montrer son travail sur la lumière et sa réflection. Mais… je serai tentée de développer une petite interprétation sur le rapport qui peut exister, entre la théière d’un côté et les fruits de l’autre.
Le thé est à l’époque de Chardin une boisson consommée surtout par les personnes aisées. Cette théière d’une blancheur éclatante, qui elle-même devait être un ustensile assez cher ( qu’elle soit en porcelaine ou en grès ou autre ), était donc un signe extérieur de richesse. Et nous avons à côté, comme en contraste, de simples fruits posés à même la table. Chardin a-t-il voulu ainsi exprimer une sorte d’antithèse ? A-t-il voulu montrer que les choses simples étaient tout aussi belles que celles qui brillent davantage ? Ou à l’inverse, ramener ce qui est plus raffiné, plus riche à une certaine simplicité ?
Je ne sais pas mais je me pose la question. Peut-être n’avait-il que ça sous la main au moment de faire son tableau, ce qui est tout aussi probable !

C’est une mise en scène très classique pour une nature morte : les objets posés simplement sur une table, un décor extrêmement simple, un fond sombre permettant de ne se focaliser qu’uniquement sur le premier plan, un angle de vue frontal.
Et donc, comme beaucoup, c’est une composition qui n’est pas sans rappeler celle de certains portraits en peinture et en photographie où les personnes posent. C’est justement cette impression que les objets prennent la pose, qui est recherchée dans la nature morte.

Comme dans ce tableau de Chan Siu Min, peintre hong kongais contemporain, où le service aux motifs asiatiques est agencé de cette manière, dans un décor drapé.

Chan Siu Min
Chinese Tea Set
1992

Le drapé est un élément bien connu des natures mortes. Ici, avec le drapé au mur et au sol, cela donne un effet contemporain, un peu studio photo.
On peut contempler ce service typiquement asiatique. Si la tasse de thé trouve son origine en Chine, la anse de la tasse a elle, été créée en Europe. Je l’ai découvert dans cet article dont je vous conseille la lecture.

Pieter Gerritsz van Roestraten ( 17e siècle)
A Yixing Teapot and a Chinese Porcelain Tete-a-Tete on a Partly Draped

Dans cette nature morte de Pieter Gerritsz van Roestraten dont l’agencement reprend les mêmes caractéristiques ( avec la table, le décor sobre et sombre, l’angle frontal, le drapé, et la position des objets qui prennent la pose ). Nous y voyons les deux tasses remplies de thé ! Vous le verrez dans la suite de ma sélection, voir le thé comme liqueur est assez rare.
Nous avons quelques éléments qui nous indiquent la manière dont on consommait le thé à l’époque. Comme ces morceaux de sucre candi posés bien en évidence sur la table près de la cuillère. Le sucre candi est d’ailleurs toujours utilisé pour sucrer le thé dans certains pays.
Il y a un pot très élégant qui accompagne le saladier et les tasses tous décorés de motifs asiatiques. Il s’agit d’un pot à thé. Il trouve son origine en Asie et il est toujours utilisé de nos jours (mais en moins beau) pour conserver le thé.
La théière qui semble ne pas faire parti du service, est une théière Yixing, faite d’argile de la province du Yixing en Chine. Il y a donc ici beaucoup, pour l’époque, d’exotisme, de nouveauté, de finesse et donc de luxe.
Dans un autre tableau de l’artiste qui représente les mêmes éléments, le peintre y a rajouté un pot à épices, celles-ci étant utilisées pour aromatiser le breuvage.

Pieter-Gerritsz-Van-Roestraten (17e siècle )
Still-Life-with-Tea-Cups

Nature morte : le moment du thé

On change de type de composition avec les oeuvres du peintre suisse Albert Anker, Nature morte, thé et gâteaux et du peintre contemporain russe, Boris Vedenikov, Still Life with Samovar. Le tableau de Vedenikov date de 1991 mais donne l’impression qu’il s’agit d’une table du 19e siècle, surtout quand on le compare à celui d’Anker. Je l’ai d’ailleurs cru pendant que je préparais le texte ! (Heureusement qu’il m’arrive de regarder la date des oeuvres ). C’est très surprenant. Peut-être une volonté de kitch ou de nostalgie.

Nous ne sommes plus dans la mise en scène d’objets qui posent simplement mais nous avons affaire à des objets placés naturellement dans leur environnement, dans un décor reconstitué. Un cadre qui donne la sensation d’une atmosphère plus domestique, quotidienne, chaleureuse aussi, avec ce fond rouge, ces belles nappes.
Les peintres représentent de beaux modèles d’ustensiles avec pour celui de Boris Vedenikov, ce samovar, qui fait dire qu’il s’agit d’une table de pays de l’est et celui de Anker, ce système de théière sur réchaud très prisé au 19e siècle ( que l’on peut trouver dans le tableau de Jeanne Lemaire).

Ce qui est représenté dans ces tableaux, ce n’est plus le thé comme objet, mais comme moment, comme repas. Le thé de l’après-midi, instant gourmand et chaleureux.

Tout est prêt, la table est mise…

Avec le tableau de Paula Modersohn-Becker, on a la version sans aliment et légèrement plus froide au niveau des couleurs. Mais s’échappe quand même, de ce moment du thé, une chaleur avec cette table préparée.

Paula Modersohn-Becker
STILL LIFE WITH BLUE AND WHITE PORCELAIN TEA SET, 1900

On agrandi un peu le cadrage et nous avons la nature morte de la peintre russe Olga Alexandrovna, qui donne à voir un peu plus la pièce dans laquelle on a préparé le thé, avec, toujours, un joli service à thé aux détails très fins, un imposant samovar ainsi qu’un gâteau et des confitures. Pour le gâteau et le thé ! Les russes utilisaient de la confiture ( certains le font encore ) pour sucrer leur thé qui était très fort.

Olga Alexandrovna
The Russian tea table at Knudsminde.

J’ai sélectionné cette oeuvre car je la trouve marquée d’une grande nostalgie, quand on connait l’histoire de la peintre. Olga était la soeur du tsar Nicolas II et a dû fuir la Russie lors de la révolution en 1918. Son pays lui manquait beaucoup et ce tableau, ce qu’il représente, ce thé russe dans une ferme du Danemark, est le témoignage de sa nostalgie et de sa culture russe qu’elle n’a jamais oublié. Une table pleine de souvenirs….

Mais le thé ne se boit pas qu’a table quand on voit le tableau de Claude Monet, Le Service à thé. Ici le style est épuré !!

Claude Monet
Le Service à thé
1872

On dépouille tout. Le thé se boit sur le sol, mais quand même sur une jolie nappe blanche (on dirait un pique-nique à l’intérieur ). Le service bien qu’en porcelaine aux motifs élégants et aussi réduit au strict minimum, pas de sucre, pas de gâteaux mais juste deux petite tasses, l’une remplie, l’autre non, une peeeeeetite théière, et une cuillère pour deux. Cette cuillère posée négligemment sur la nappe interpelle un peu…
Moment du thé pas si dépouillé que ça, en tout cas esthétiquement non. Il y a quand même cette petite nappe blanche, une petite plante déco dans un pot dans le même style que le service à thé qui es posé sur un très beau plateau rouge à l’esprit asiatique. Ces éléments apportent de larges et belles touches de couleurs dans le tableau.
Il y a quelque chose qui me fait rire avec cette nature morte. Peut-être cet endroit atypique choisi pour le thé, avec la plinthe en arrière plan… Je pense automatiquement à une scène de déménagement, quand on fait une pause entre tous les cartons, et qu’on s’installe par terre pour une pause gouter ! Ce qui me fait sourire aussi, c’est cette cuillère pour deux posée sur la nappe, qui là encore, automatiquement, me questionne beaucoup.
Mais je reconnais aussi la beauté tout en délicatesse de cette nature morte. Il y a comme un silence qui s’en dégage, comme dans tous les tableaux que nous venons de voir. Vous allez me dire que c’est normal pour des oeuvres dont les sujets sont des objets inanimés et qui font disparaître la présence de l’homme !

Eh bien… pas tant que ça quand on voit le tableau de Jean Etienne Liotard.

Jean-Etienne Liotard
Nature morte au service à thé
(c. 1781-83)

Je pense que celui-ci est mon préféré de la sélection. On y voit un très beau et couteux ,certainement, service à thé en porcelaine au décor asiatique. Certaines tasses ont été utilisées, d’autres non, il y a des tartines, certaines mangées dont quelques morceaux ont été laissés en désordre, il y un généreux bol de sucre avec une très belle pince, un bol destiné à recevoir les tasses utilisées, un pot à thé, un pot à lait et une théière. Le tout posé sur un plateau, lui-même posé sur une table. Là on revient à un décor très neutre et sobre, mais les objets ne prennent pas la pose. De part leur position, il y a un contexte et une histoire qui s’en dégage.
Les objets sont utilisés. De ce plateau en désordre, on y sent la vie et on s’imagine sans mal, les bruits de couverts, de tasse, en se servant, en rangeant, en reposant négligemment une tasse, les bruits de bouche en mangeant les tartines… Ce cadrage serré en contraste avec ce plateau qui contient tant de choses et de tasses donc de personne, donne cette sensation qu’il y a beaucoup de bruit.
C’est un tableau qui, juste en montrant un service utilisé, montre la vie, le bruit qu’il y eu sans montrer un humain. Il diffère des autres oeuvres montrées, ( à part celui de Monet ) par l’instant choisi par le peintre : après le moment du thé ou pendant si on se dit que les tasses retournées n’ont pas encore été utilisées. C’est une composition qui n’est pas figée. Et c’est une composition qui déclenche fortement l’imagination du spectateur par la narration qu’il impose.
Au vu du nombre de tasse, il y a 6 personnes présentes. Certaines se sont servies, d’autres pas encore ou peut-être que certaines l’ont fait mais ont replacé les tasses très proprement. Peut-être qu’elles n’ont pas encore bu parce qu’elles sont encore trop occupées à discuter. Les bouts de tartines laissés par-ci, par-là, peuvent suggérer qu’il s’agit d’un cadre familial (famille ou amis), où on est plus à l’aise. De par le luxe, il s’agit bien évidemment d’une famille très aisé. On oublie pas que Liotard est un peintre du 18e siècle et toujours à cette époque, le thé c’est une affaire de riches. Le cadrage est serré et pourtant la vie qui se dégage de ce plateau et les détails qu’il contient, nous projettent ce qui doit être autour, le hors-champ, comme on dit au cinéma : une famille et/ou des amis discutant, allant se servir et revenir pour discuter dans un salon au décor aisé et bruyant.
C’est une interprétation bien sûr. Imaginez ce que vous voulez ! La peinture est aussi faite pour ça !

Nature morte : chanoyu, livre et cubisme.

Je voudrais finir par ces deux oeuvres.
Il s’agit d’une estampe japonaise de Kobe Shunman du 19e siècle et une oeuvre à la peinture tempera ( à l’oeuf ), Tea leaves, d’une artiste américaine que j’ai découvert pendant mes recherches pour cet article, Katharine Taylor.

La nature morte de Shunman illustre un poème écrit pour célébrer la 1ere cérémonie du thé de la nouvelle année. Je vous invite à lire la traduction .
L’estampe présente tous les ustensiles nécessaire pour la cérémonie du thé japonais, le « Chanoyu » : le « kama » : la bouilloire en fonte, le « cha-ire » : le pot de thé entouré dans un petit sac, le «  chawan » : le bol à thé, le « fukusa » : petit carré de tissus pour manier les ustensiles chauds ou pour le nettoyage des ustentisles, le « chashaku »:la cuillère pour prendre le thé, le «chasen» : le fouet pour le matcha et ce qui me semble être le «mizusachi» : la jarre contenant l’eau pour le nettoyage du bol. Une branche de camélia accompagne le tout, symbole de la fin de l’hiver et donc du début du printemps. Cette estampe nous donne à voir le Chanoyu comme un art et une philosophie liée à la nature.
Pour le tableau de Katharine Taylor, on voit ici qu’elle reprend les codes que nous avons déjà vu dans les oeuvres précédentes. J’apprécie cette oeuvre car elle associe le thé à la lecture ( thé et lecture, chose bien ancrée dans nos habitudes ). J’ai choisi cette oeuvre contemporaine dans cette sélection d’oeuvres anciennes pour montrer que la nature morte est toujours un genre présent de nos jours et surtout que la nature morte ayant pour sujet le thé traverse les siècles.

Il me reste encore une dernière oeuvre à vous montrer (oui, j’ai menti quand j’ai dit qu’il ne me restait que deux oeuvres ). Je voulais terminer comme j’ai commencé, avec une nature morte avec une théière blanche et des fruits. Celle de Cézanne.

Paul Cézanne
Nature morte avec pot de thé
1902-1906

Cézanne, peintre du 19e siècle et précurseur du cubisme, a peint de nombreuses natures mortes dont beaucoup avec des pommes et des oranges. Il avait fait de la forme des pommes et des oranges son champ d’étude, lui qui était captivé par les formes géométriques et les couleurs.
On retrouve les grands classiques que vous connaissez bien maintenant : le fond neutre, le drapé, les fruits, le couteau sur le point de tomber…
Ici, il n’y a pas de narration, ni réalisme tel qu’on l’a vu dans toutes les oeuvres. Il y a la réalité perçue par Cézanne, celle où la forme et les couleurs priment.
Voyez comme cette rondeur est présente partout sur la table. C’est la rondeur qui saute aux yeux. Celle de la théière qui fait écho, à celle des fruits, du pot à sucre et de l’assiette. Le fond aux couleurs foncées, fait de coups de pinceaux qui brouillent la réalité, fait ressortir les couleurs éclatantes et chaudes des fruits et du tissu qui marquent le regard. Au milieu d’elle, cette théière blanche qui se distingue et qui commence à refléter l’orange des fruits. Oui, il y a un bien un petit quelque chose de cubiste dans cette théière.


Des théières qui prennent simplement la pose ou des théières qui racontent une histoire, des services aux décors exotiques reflétant le luxe ou ceux plus modestes mais tout aussi élégants, pour une personne ou bien un grand ensemble, consommé avec du sucre candi, ou du sucre blanc, ou de la confiture, au Japon au 19e siècle ou aux États-Unis au 21e… Ces natures mortes témoignent, certes, des différences, mais surtout, d’une chose qui semble intemporelle : la place d’une tasse de thé dans nos habitudes quotidiennes. Le thé a encore de beaux jours sur nos tables !

Anxi Tie Guan Yin, récolte d’automne 2021. 

Faiblement oxydé et non torréfié, il provient de la province du Fujian et, est très populaire en Chine. 

Une liqueur coulante, d'une certaine complexité et d'une longueur assez phénoménale. C'est un oolong qui révèle ses mystères petit à petit… Il se dévoile totalement quand il disparaît, en habillant le palais d’un champ de fleurs blanches ! 

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